Mercredi 15 août 2007 3 15 08 2007 08:49

"Cette vie, ces marches errantes, toutes ces années depuis qu'il était parti dans le monde avaient jusqu'ici porté peu de fruits. (...)                                                                                   Parviendrait-il à sauver quelque chose de ce trésor intérieur et à l'extérioriser ? Ou bien en serait-il toujours de même : toujours d'autres villes, d'autres paysages, d'autres femmes, d'autres expériences, d'autres sensations entassées les unes sur les autres dont il ne tirerait rien que ce sentiment inquiet, aussi douloureux que beau, d'un coeur plein à déborder ?                                                                                                                           C'était vraiment honteux d'être ainsi berné par la vie; c'était à en rire et à en pleurer ! Ou bien on vivait en s'abandonnant au jeu de ses sens, (...)on connaissait maintes joies nobles mais on restait sans protection contre l'instabilité des choses humaines; on était alors comme un champignon dans la forêt, tout resplendissant de ses riches couleurs, mais qui, demain pourrira. Ou bien on se mettait en défense, on s'enfermait dans un atelier, on cherchait à dresser un monument à la vie fugitive : alors il fallait renoncer à la vie, on n'était plus qu'un instrument, on se mettait bien au service de l'éternel, mais on s'y desséchait et on y perdait sa liberté, sa plénitude, sa joie de vivre (...)."

 

"[Les vagabonds] sont fils d'Adam chassés du paradis, frères des animaux innocents. (...)                                                                                                                                            Il n'est pour eux ni temps ni histoire, ni visées ambitieuses, ni ces curieuses idoles de la prospérité et du progrès auxquels on croit désespérément quand on possède une maison. [Le vagabond est toujours], dans son coeur, un enfant. (...).                                                                                                                                      Qu'il soit intelligent ou sot, qu'il ait profondément conscience de la fragilité et de l'instabilité de toute vie et sache que tous les êtres vivants trainent leurs quelques gouttes de sang chaud à travers la glaçe des espaces infinis, ou qu'il obéisse simplement, puéril et vorace, aux ordres de son ventre, toujours il est l'adversaire et l'ennemi mortel du possédant et du sédentaire qui le hait, le méprise et le redoute, car il est tant de choses qu'il ne veut pas qu'on lui rappelle : l'instabilité de toute existence, l'incessante composition de toute vie, la mort glacée et inexorable dans laquelle baigne l'univers."                                                                                     

 Hermann Hesse, 1943.

Par Bertille - Publié dans : Lectures
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Mardi 10 juillet 2007 2 10 07 2007 10:54

 

Par Bertille - Publié dans : Images
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